
La photographie à la conquête du livre
Institut de France
Jusqu'au 31 décembre
À propos
L’exposition abordera l’un des enjeux décisifs qui ont stimulé, dans le sillage de l’invention de la photographie, les hommes du livre, les hommes de science et les artistes : Comment rendre compatible imprimerie et photographie ? Comment recourir à la photographie pour illustrer des livres qui, depuis l’invention gutenbergienne, ont intégré des images jusqu’alors dessinées et peintes, gravées sur bois ou sur cuivre, puis lithographiées ? Comment dépasser la contrainte initiale de la photographie (le daguerréotype est un produit « unitaire ») et la convertir à l’économie de l’imprimé, qui repose sur la reproductibilité, la multiplicité, et l’articulation instantanée texte/image ? Dès le début des années 1840, différentes solutions techniques sont explorées et mises en œuvre, souvent combinées, mais dont on évalue aussitôt l’efficacité, le coût, la stabilité, et les qualités documentaires et/ou esthétiques. Les contributeurs de cette histoire fébrile sont des photographes (Nadar jeune, les Bisson…), des opticiens (Noël Lerebours…) des éditeurs (Baillière, Didot…), des lithographes (Lemercier…), des peintres (Achille Deveria…), des chimistes (Blanquart-Évrard, Niepce de Saint-Victor…), des ingénieurs (Eugène de Gayffier), mais aussi des archéologues (Lottin de Laval, Charnay, Prisse d’Avennes…), des astronomes (Amédée Guillemin), des médecins (Duchenne…), des botanistes (Emile Levier…) et des zoologues (Louis Rousseau), qui entrevoient les profits que ces investigations représentent pour leur discipline. Ces recherches ont donné lieu à des livres parfois luxueux et monumentaux – tant les pouvoirs publics, surtout à partir du Second empire, ont jugé indispensable de les soutenir –, parfois inaboutis, parfois mystérieux au plan technique. Certains de ces incunables de la photographies sont le fruit d’inventions éphémères, rapidement délaissées pour leur coût ou leur complexité technique, mais la plupart illustrent un mouvement qui, initié en 1844 par les Excursions daguerriennes de Noël Lerebours (l’année même de la parution du Pencil of Nature de Fox Talbot) conduit jusqu’aux années 1880 avec, non seulement la diffusion de la photographie instantanée (le négatif au gélatino bromure d’argent, préparable à l’avance, industrialisable et d’exposition rapide, remplace la technique du collodion), et surtout la mise au point de photographies tramées, qui peuvent être imprimées en relief, en même temps que le texte. Cet aboutissement marque la conversion de la photographie à la typographie. L’exposition mobilisera l’exceptionnelle collection de livres illustrés par la photographie conservés par les bibliothèques Mazarine et de l’Institut, au besoin complétée de quelques prêts extérieurs (archives de l’Académie des sciences, de l’Académie des beaux-arts, bibliothèque Sainte-Geneviève). Centrée sur la production française, elle pourra rassembler 50 pièces (davantage si nous décidons de décaler le terme chronologique au-delà de 1884, jusqu’au début du XXe siècle). Les questions techniques de la conversion/transposition/adaptation de l’image photographique au monde de l’édition, avec ou sans l’intermédiaire de la gravure, serviront de fil conducteur : montage des tirages photographiques contrecollés, transposition des images photographiques sur des plaque d’acier ensuite gravées à l’aquatinte, photolithographie, phototypie, damasquinure héliographique, photoglyptie… jusqu’à la victoire de la similigravure (tramage), qui s’impose dans les années 1880, et marque temporairement la conversion de la photo à la typo… avant que les débuts de l’offset, au siècle suivant, n’inversent cette dynamique. Mais l’exposition attirera aussi l’attention sur quatre autres aspects : - la manière dont le livre illustré par la photographie, en servant les désirs des artistes (Promenades poétiques et daguerriennes de Louis-Auguste Martin en 1850 ; premiers fac-similés photographiques d’estampes avec Charles Blanc et les frères Bisson, Œuvre de Rembrandt reproduit par la photographie, 1853-1858 ; Le Tour de Marne, publié en 1865 par Émile de La Bédollière et Ildefonse Rousset…) contribue à légitimer la photographie en tant qu’art, à rebours de la célèbre posture prise par Baudelaire lors du Salon de 1859. - la manière dont le livre intègre le « document photographique » dans des dispositifs savants ou pédagogiques, en particulier sur le terrain de l’archéologie, de l’astronomie, des sciences de la vie, et de la médecine (Alfred Donné, Cours de microscopie, 1844-1845 [première publication de reproductions photomicrographiques] ; Album de photographie pathologique du dr Duchenne en 1862…). - l’adaptation à la presse périodique d’une partie de ces innovations techniques. On attirera l’attention sur le fait que dès l’année de sa création, l’hebdomadaire L’Illustration (1843) intègre une image issue du nouveau procédé (en fait une gravure sur bois obtenue d’après un daguerréotype). - la manière dont ces efforts techniques et ces expérimentations ont mobilisé la société et les pouvoirs publics (cf. le concours fondé par le duc de Luynes en 1856, qui devait récompenser l’inventeur qui en l’espace de trois ans aurait trouvé le moyen de faire reproduire directement par l’imprimerie (tirage en relief) ou la lithographie (tirage à plat) les images obtenues par photographie.).
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